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TRADING / BOURSE / ANALYSE TECHNIQUE / TRADER / SPECULATION ECONOMIE / CHRONIQUES POLITIQUES

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Camille Martini : " Il y a encore un potentiel de hausse "

Camille Martini. 30 ans, gérante chez Century Financial à Genève, nous livre sa vision du marché actuel et de la conjoncture du moment.


zone-trading : Le marché est parvenu à repasser au dessus des 3400 pts, la " machine " ne s' emballe t-elle pas un peu trop ?

Camille Martini : Beaucoup d' investisseurs ont complètement loupé le premier train du 10 mars ( NDLR : le 9 mars, le marché touchait un point bas ), il n' était donc pas question de louper le deuxlème. D' autant que la baisse ayant eu lieu entre les 3400 pts de début juin jusqu' au 2950 de la mi-juillet était quelquepeu artificielle.

Qu' entendez vous par là ?

Si on considère que le niveau du 9 mars dernier était le point bas, ce qui est de plus en plus probable, le marché avait donc " envie " de monter. Mais il ne fallait cependant pas qu' il s' emballe trop. C' est pourquoi nous avons donc eu droit à la consolidation entre 3400 et 2950 pts. Le marché savait qu' il y avait un support à hauteur du 2960 et qu' il était finalement peu probable de le casser.

N' empêche qu' à la période où le CAC a atteint la zone des 2950, le marché n' en menait quand même pas " large " et qu' il n' était quand même pas impossible d' aller de nouveau chercher le point bas du 9 mars non ?

Tout est évidemment toujours possible, mais de nombreux stratèges avaient validé le scénario du rebond sur le support 2960. F ( CAC : départ sur le 2960  )

Entre le point bas du 9 mars, jusqu' à la zone des 3400 pts, nous étions cependant toujours en phase de rebond technique n' est ce pas ?

Bien sûr, mais il y a quand même bien un moment où le marché se retourne véritablement. Nous pensons que le niveau du 9 mars est véritablement le point bas, au moins pour quelques années. Prenons par exemple le cas de la valeur SOITEC qui a touché son point bas le 3 mars à moins de deux euros à la fermeture. Aujourd' hui, elle caracole à plus de 6 euros. Je ne vois pas comment cette valeur pourrait toucher un nouveau point bas.

N' était-ce pas un cas d' espèce ?

Non. Si vous regardez de près les cotations, vous pourrez vous apercevoir qu' elle n' est pas la seule valeur à être dans ce cas, même si pour elle c' est flagrant.

Peut-on aller chercher les 3700 pts alors ?

Ce niveau correspond effectivement à une zone très intéressante. Elle permettrait de sortir d' une logique de rebond technique, pour vraiment parler de retournement. Ce niveau, pas si éloigné que cela d' ailleurs, est loin d' être impossible à atteindre. Il y a encore un potentiel de hausse. Comme signifié plus haut, de nombreux investisseurs, particuliers ou institutionnels notamment, ont complètement loupé le premier train. Ils veulent à présent en " croquer ".

Oui, mais n' adoptent-ils pas une stratégie de trading ?

Il est clair, que les banques notamment, sont actuellement dans une logique de trading, plutôt que d' investissement. Le trading reste très rénumérateur, et les grandes banques notamment, ont bien compris que c' était le moment où jamais de générer du " cash ". Demain il sera peut-être trop tard.

Justement, le trading ce n' est pas vraiment la réalité économique. Le marché ne s' amuse t-il pas sans être dupe de la véritable réalité ?

On aurait pû le croire à un moment c' est vrai. Mais là, les résultats des entreprises viennent de tomber et il y a de nombreuses bonnes surprises. C' est donc bien un signe que la " machine " repart. L' optimisme reste de mise. Les 3400 pts doivent cependant être maintenus. Dans le cas contraire la problèmatique serait en effet plus complexe, et nous retournerions dans la logique du rebond technique, mais franchement nous n' y croyons pas. Les signaux sont au vert. Il ne faut pas oublier que la Bourse anticipe toujours, et actuellement elle le fait pluôt bien. La visibilité du moment n' est pas si médiocre qu' on voudrait bien nous le faire croire.

Et après 3700 pts alors ?

C' est là que les choses risquent de se corser. Il faudra bien se calmer à un moment. Une consolidation plus ou moins appuyée pourra avoir lieu, en rendant peut-être plusieurs centaines de points. La Bourse reste un " crabe ", et marche donc comme un " crabe ".

Du côté de l' économie réelle, ce n' est pourtant pas la " joie " ?

Le décalage entre la réalité du terrain, et les marchés est souvent important. On ne peut évidemment pas le nier. Dans la réalité, la situation reste en effet particulièrement critique. Quand les " gros " perdent du poids, les " petits " meurent. C' est tragique mais c' est ainsi. La véritable crise, à savoir économique, durera bien plus longtemps que la crise financière, sans compter la crise sociale, politique, ou même sanitaire.

Quelle est l' ambiance du moment à Genève  ?

Chaque jour on peut s' apercevoir qu' il n' y a pas que des " riches " en Suisse. La situation s' est fortement dégradée, et c' est même " palpable " au quotidien. Les temps changent, et même des pays comme la Suisse n' échappent pas à la règle.

On noterait même une augmentation flagrante de la délinquance en Suisse, cela paraît étonnant non ?

Je suis née en Suisse, et j' ai quasiment toujours vécue à Genève. Il y a dix ans, il n' y avait pas un seul papier au sol. Tout était parfaitement propre. Aujourd' hui la situation a radicalement changé. La précarité est bien présente, et les difficultés économiques engendrent forcément une augmentation des actes de délinquance. Ce phénomène est relativement " nouveau " pour la Suisse, et force est de constater qu' elle a eu un mal fou à l' admettre. Elle a commençé à nier la " nouvelle " réalité, avant d' être complètement dépassée par les évènements.

L' hotellerie s' en sort plutôt bien paraît-il ?

Oui. Mais cela reste un micro marché, et il ne faut pas oublier que la clientèle " traditionnelle " des établissements de luxe n' est pas vraiment touchée par la crise. Une grosse partie de la clientèle de l' hotellerie de luxe suisse est en effet composée pour une large part des pays comme les Emirats arabes par exemple, qui prennent notamment leurs quartiers d' été à Genève depuis toujours.

Pour le commerce de luxe, la situation est cependant plus critique, non ?

Le secteur remonte doucement la pente, mais il est vrai que la situation a été fort critique à un moment donné. Les " riches " ont les mêmes angoisses que les autres, et quand ils perdent de l' argent, ils ont aussi tendance à faire plus attention, même si ce n' est pas forcément nécessaire à leur niveau. Mais c' est psychologique évidemment. Dans la morosité ambiante, même les gens fortunés ne " flambent " pas.

On a même parlé de ROLEX en soldes ?

Oui la rumeur a été effective, mais bien évidemment cela n' était pas clairement annonçé en vitrine. Mais le client qui demandait une forte ristourne avait en effet de grandes chances de faire de bonnes affaires par rapport au prix initial. Encore une fois, dans le contexte du moment, les " riches " font attention. Quand vous annoncez à quelqu' un qu' il a perdu plusieurs centaines de milliers d' euros, voir même de millions en seulement quelques mois, même s' il est loin d' avoir tout perdu, et qu' il lui en reste donc largement pour vivre confortablement, il ne va pas se précipiter pour s' acheter une ROLEX en sortant de sa banque. Le " fric " pose des problèmes à tout le monde, et peut être même encore plus à ceux qui en ont.

On ne va quand même pas pleurer sur le sort de ceux qui ont largement de quoi vivre non ?

Bien sûr que non. Mais le propos était de démontrer, si besoin était, que les angoisses existentielles de l' être humain restent les mêmes, que l' on soit " pauvre " ou " riche ", même si c' est évidemment toujours plus facile pour ces derniers.

Aux USA, certains requins de la Finance évoque une crise " mascarade ". A savoir, qu' on aurait charger la " mûle " sur les marchés financiers pour mieux pouvoir " dégraisser ", qu' en pensez vous ?

Les nombreux dégâts collatéraux comme on dit, prouvent tout de même bien que ce n' est pas qu' une " mascarade ", mais bien une réalité. Mais il vrai que ce scénario court depuis un moment. Il ne faut pas nier que certaines entreprises ont profité de la situation pour dégraisser. Cela se voit tous les jours, et la pilule passe évidemment quasiment sans encombre dans un contexte de crise. Cela devient un ordinaire, et on n' y fait de moins en moins attention au fil du temps. On dit " c' est la crise ". La crise a bon dos parfois. C' est vrai. On ne peut pas le nier.

Plus de 50 banques régionales, plus ou moins " grosses " ont fait faillite aux Etats-unis, pendant que les grandes banques ont largement été soutenues, alors qu' elles étaient, en partie tout du moins, à l' origine de la crise financière.

L' histoire est toujours la même. Quand les " gros " maigrissent, car ils ont moins à manger, les " petits " meurent. De plus, comme chacun le sait, on ne prête qu' aux riches...

Parmi les gros " requins ", un a pourtant fait les frais des autorités américaines, il s' agit de la célèbre banque Lehman brothers. Etait-ce une erreur de " lacher " un si gros morceau de la part des autorités ?

Il n' y avait plus vraiment le choix. Il fallait siffler la fin de la récréation. C' est tombé sur Lehman brothers, sûrement par hasard. C' est comme quand vous êtes à l' école et que vos copains font les imbéciles à cassant une vitre avec leur ballon. Le directeur sort, et attrape le premier venu sur son passage, sans qu' il soit directement responsable. Les autorités ont voulu lancer un signal fort. Cessez de faire les " cons ". On était de toute façon arrivé à un stade de non-retour. Encore une fois, il fallait siffler la fin de la partie.

Les marchés ont particulièrement mal inteprété ce qu' il convient d' appeler un véritable lynchage.

On voit mal comment le marché aurait pû interpréter ce puissant signal autrement. Nous étions alors en pleine crise depuis déjà un bon moment. Le point de non-retour avait été atteint. La date du 15 septembre 2008 restera dans les annales. C' est une certitude.

On a parlé d' un effet domino suite à cet évènement. Y avait-il un risque ?

Dans l' absolu oui bien sûr, mais les autorités américaines ne pouvaient pas " s' amuser " à lacher un deuxième gros acteur du secteur, ou alors c' était vraiment la fin du monde. Les autres " grosses " banques américaines ont donc vite compris que l' Etat américain allait rapidement les suivre. Il n' avait pas le choix, ou une fois encore, c' était la fin du monde.

Une fois encore, les " gros " en ont donc profité ?

C' est effectivement une façon de voir les choses, mais encore une fois, les autorités américaines n' avaient pas le choix. Elles se devaient de soutenir les grandes banques américaines.

Le paradoxe de tout cela, c' est qu' elles ( les banques ) ont dû se sentir encore plus fortes par la suite non ?

Bien sûr. Les garnements ont cassé les vitres de l' école avec leur ballon, et après une " petite " réprimande on leur donne un nouveau ballon, tout neuf, encore plus gros, et on leur dit " bon allez, vous pouvez jouer à nouveau, mais faites attention cette fois ".

En clair, elles sont " tranquilles " en fait ?

Tout à fait. Elles savent que l' Etat sera toujours derrière.

Dangereux évidemment.

Très dangereux, mais une fois encore, l' Etat n' a pas le choix, ou alors c' est la déroute des épargnants dans les rues. Le type de scénario catastrophe que les poltiques de tous les pays redoutent par dessous tout. Il n' y a en effet rien de pire comme signal que de voir de " braves " épargnants faire la " queue " dans la rue pour récupérer leurs trois sous. C' est un signal catastrophique.

Pourtant, ce sont bien les " gros " investisseurs qui ont fait précipiter les marchés dans l' ornière quand ils ont décidé de retirer leurs billes respectives.

Oui mais cela ne se voit pas. Des épargnants dans la rue cela fait forcément la une des médias.

Donc en résumé, tout pourrait donc recommencer. Nous serions donc sur une poudrière permanente ?

Exactement. C' est la contre-partie du capitalisme. Le capitalisme reste risqué. Il n' a pas la prétention d' être parfait.


Si vous aussi, vous êtes un acteur du secteur financier, et que vous avez des choses à dire, contactez nous !

A LIRE EGALEMENT : F Amandine Rochet, gérante de fortune



L' entretien a eu lieu dans le cadre pour le moins appréciable de l' hotel PRESIDENT WILSON à Genève F( http://www.hotelpwilson.com )
























www.zone-trading.com

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